Habitat bioclimatique

Vivre en harmonie avec la nature

L’habitat bioclimatique en vogue : à quand son appropriation par le secteur de l’immobilier ?

Maisons modulables, économiques et écologiques, maisons en kit façon Lego, prêtes à l’assemblage et à la reconstruction perpétuelle, maisons d’un genre nouveau : sortez de terre ! Ce sont les vœux formés par les impératifs de transition énergétique que le dérèglement climatique nous dicte aujourd’hui. Le 23 avril dernier, une feuille de route pour l’économie circulaire appliquée, notamment, au secteur de l’immobilier, s’est vue intégrée au Plan climat lancé en 2017 par le gouvernement, allant dans le sens d’une conception globale des constructions fondée sur leur caractère durable, et sur leur potentiel de recyclage (des matériaux comme des espaces et des bâtiments eux-mêmes).
Quelles expériences sont menées en ce sens sur le territoire ? Quels échecs, et quels succès, vont permettre à l’immobilier de s’en inspirer ? Le vent nouveau qui porte l’habitat bioclimatique, sa démocratisation et sa nécessité d’expansion, nous invitent à y regarder de plus près.

Le grand retour des préfabriqués

Novablok, c’est le fantasme de deux Parisiens devenu réalité. Le 26 octobre, la maison de l’architecte Julien Ménard et du designer Anseau Delassalle a fait son entrée sur le marché. Une construction qui a tout de révolutionnaire. Formée de blocs de 20m2 à l’ossature en bois, écologique et résistant, la maison est le fruit d’une production industrielle, prévoyant pré-assemblage des blocs en atelier avant le transport chez leur propriétaire. Ensuite, le montage final se fait par imbrication, et permet une modularité infinie (extension à l’horizontale comme à la verticale, déplacement complet possible en cas de déménagement…). Atout supplémentaire majeur de cette construction du nouveau Monde : elle est une faible consommatrice en énergie, à la conception comme à l’installation et l’utilisation.
Près de Grenoble, c’est une maison à ossature de bois de 156m2 qui s’est vue assemblée en quatre mois seulement. La PopUp House a su convaincre son propriétaire, Fawsi Draidi, de se convertir à l’habitat biocliomatique. « Aujourd’hui, nos amis sont bien obligés de reconnaître que notre maison connectée, et sans chauffage, est solide et agréable à vivre en toute saison », témoigne-t-il. La société PopUp House, fondée en 2014 à Aix-en-Provence par Corentin Thiercelin, un ingénieur passionné d’architecture, s’est fixée comme objectif de produire une maison par jour. Comment ? Selon le modèle de Jean Prouvé, cet architecte qui a parié au siècle dernier sur la pertinence du préfabriqué dans la construction immobilière : « Le temps de la brouette est passé ; il faut faire de la construction industrielle par élément, comme Citroën, Renault, Simca », expliquait-il en 1950. « À la suite de Prouvé, il y a eu d’autres tentatives en Europe, mais aucun modèle n’a fonctionné », commente Corentin Thiercelin. C’est pourquoi la fondation Luma a choisi de mettre à l’honneur douze de ses modèles en les reconstruisant et en les présentant au public au printemps dernier, à Arles.
Autrefois considérées comme relevant de l’utopie ou du gadget, ces maisons préfabriquées ont connu un regain d’intérêt avec l’amélioration des technologies de fabrication, le goût naissant pour le design contemporain, et les nécessités écologiques. Les fondateurs de Novablok estiment également que, « À l’heure des familles recomposées et du télétravail, ce type d’habitat modulable destiné à la grande périphérie urbaine ou à la pleine nature correspond à nos modes de vie » .

Vers des maisons autonomes et accessibles

Un pas en plus dans le sens de la construction bioclimatique : le travail sur son autonomie énergétique. Ce n’est pas tout d’être peu énergivores, les maisons de demain devront être passives, c’est-à-dire capables d’utiliser les ressources énergétiques durables se trouvant naturellement à leur disposition, donc de profiter de leur environnement pour se construire une autonomie la plus grande possible.
C’est ce type de maison que produit la société Earthship, après 40 ans de travaux de Michael Reynolds et de son équipe. L’habitat qu’ils conçoivent se veut à la fois agréable à vivre, respectueux de son environnement, le plus autonome possible et techniquement accessible au plus grand nombre.
Le concept de l’habitat bioclimatique est celui-ci : permettre à l’occupant de profiter d’un habitat qui tire le meilleur parti des conditions environnementales dans lesquelles il s’inscrit. Pour ce faire, les maisons Earthship utilisent exclusivement des matériaux recyclés, recyclables et locaux. Par exemple, elles sont nombreuses à être conçues à base de pneus, un matériau qu’on ne sait pas recycler, et qui une fois recouvert de terre devient un élément de construction idéal, durable et recyclé (son absence de contact avec l’air annihilant sa toxicité). En fonction des déchets à se trouver sur le terrain ou à proximité, la maison s’adapte donc aux contraintes induites, et réalise ainsi des économies financières et environnementales substantielles.
De plus, ces maisons travaillent leur autonomie en mettant à profit le soleil : celui-ci sert à chauffer l’espace, l’eau, et la serre destinée à produire la nourriture, en entrant par une baie vitrée orientable en fonction de l’inclinaison différente du soleil selon les saisons.
Autre élément : la terre. La maison, semi-enterrée, profite ainsi d’une température stable toute l’année. Ses épais murs de terre permettent de conserver idéalement fraicheur comme chaleur et, lorsqu’il fait trop chaud, les tubes de climatisation enterrés permettent d’évacuer l’air chaud par appel d’air et de faire entrer l’air froid dans la maison.
À l’appui de ces solutions de climatisation, peuvent aussi être utilisés du bois, un chauffe-eau solaire thermique, des panneaux photovoltaïques et l’énergie du vent.
Enfin, la maison Earthship prévoit une alimentation en eau par collecte des eaux de pluie, et une gestion des eaux usées grâce aux filtres au charbon et aux plantes épuratives. Le circuit fonctionne en cercle clos, en distinguant entre eau potable, eau grise et eau noire, et en répartissant la fonction et le recyclage possible de chacune.

L’immobilier est-il prêt à s’emparer de ces nouveaux modes de construction ?

L’immobilier français est encore balbutiant en matière d’innovation, notamment sur le plan des habitats bioclimatiques. Pourtant, Vincent Pavanello, co-auteur du livre L'immobilier demain et cofondateur de l'association Real Estech affirme y voir un modèle rentable. « C'est dans la construction hors-site et la préfabrication que nous croyons le plus car le chantier devient tout de suite plus facile, moins cher et tout numérique. Ces deux aspects répondent aussi à la problématique de la main d'œuvre sur les chantiers, qui se fait rare. »
De plus, évoquant la société américaine Katerra, créée en 2015, il souligne que la production industrielle hors-site, suivie de l’assemblage, n’est pas réservée aux seuls particuliers : « Il est intéressant de noter qu'elle a été fondée par un ancien directeur général de Tesla et qu'elle ne fait pas que des maisons individuelles mais surtout des résidences hôtelières, des maisons de retraite... »
Ainsi, si le mode de construction semble inspirant (l’auteur cite plusieurs autres groupes développant plus que jamais la construction en usine et l’assemblage sur site), l’immobilier ne semble pas pour autant tout à fait près de s’emparer complètement du concept d’habitat bioclimatique. Pour l’instant, ce sont encore des expériences éparses, qui n’en font pas moins leurs preuves.
Pour David Azoulay, Président-Directeur général d’Immo9 Nantes, c’est un mouvement qui est tout de même déjà en marche dans le secteur : « La construction du bâtiment des 5 ponts sur l’île de Nantes est le témoin de cette dynamique verte nouvelle qui s’implante dans la profession. Si les promoteurs se mettent à construire ainsi des fermes urbaines, c’est que la conjugaison de l’offre et de la demande sont enfin là. » Le futur nous dira quel déploiement connaîtront ces nouveaux types de construction répondant aux nouveaux modes de vie urbains. « Ce qu’on sait, ajoute David Azoulay, c’est que les dispositifs étatiques d’incitation vont dans ce sens. Il est sans doute bon de rénover, mais rien ne remplace une construction neuve pensée en adéquation avec son environnement. C’est vers cela que nous devons aller. » Si l’on pense, dans la même veine, à la création par l’État du label ÉcoQuartiers en décembre 2012, et au développement extraordinaire, depuis, de projets implantés sur tous les territoires et respectant les engagements écologiques prescrits pas la charte, on s’aperçoit que la ville, comme les promoteurs, sont déjà entraînés dans ce mouvement de construction durable.